Archive pour la catégorie ‘Goût, mon trésor’

Mercredi 15 juin 2011

Comprendre la richesse du goût, la partie n° 2

Un sens inné MAIS qui évolue et s’apprend !

Dès la naissance, le petit de l’homme distingue donc déjà les différentes saveurs : le sucré, le salé, l’amer… et affirme sa préférence quelque soit son pays de naissance pour le sucré. Certains vont être très sensibles à la saveur de l’amer, alors que d’autres moins. On peut donc dire que le goût est « génétique » mais pas seulement ! Car, plus on goûte, plus on aime, notre goût évolue. Nous sommes nombreux à avoir détesté la salade, les endives et le café étant enfants et à les aimer aujourd’hui. Car le goût s’habitue et se prend à aimer ce qu’il croyait détester.

D’ailleurs le mélange des saveurs peut être un pur plaisir particulièrement travaillé dans la cuisine chinoise;  Dans une orange par exemple, le sucré se marie à l’acide. Une salade d’endives sera à la fois un petit peu amère, salée et si on y ajoute des pommes (délicieux !) sucrée.

Les goûts et les couleurs ne se discutent pas ? L’origine des préférences alimentaires !

Quelques travaux récents[1] montrent que nos préférences alimentaires auraient une origine précoce, c’est le moins que l’on puisse dire… Une alimentation au biberon est généralement monotone, alors que les qualités sensorielles du lait maternel varient : le lait est porteur d’une variété d’arômes qui proviennent des aliments consommés par la mère. Et l’on découvre depuis peu que les enfants nourris au sein apprécient plus facilement les aliments nouveaux au début de la diversification que les enfants nourris avec des préparations pour nourrissons !

Lors de la diversification, on remarque que le goût continue à évoluer si tant est qu’on apprenne aux enfants à titiller leurs papilles : les nourrissons exposés à une variété d’aliments dès le début de la diversification (en respectant les aliments que l’on peut donner à cet âge bien sûr !) acceptent plus facilement de nouveaux aliments que des enfants exposés à un seul aliment. Et cet effet est d’autant plus important que l’alimentation est variée au cours d’un repas et d’un repas à l’autre !

Ensuite, les préférences évoluent, toujours[2]. La préférence pour le sucré augmente de 3 à 12 mois, de même que le salé qui est plus apprécié à 12 mois. Les réactions aux saveurs acides et amères n’évoluent pas beaucoup entre 3 et 12 mois, MAIS l’appréciation de ces saveurs est directement liée à l’appréciation de nouveaux aliments marqués par ces saveurs ! En un mot, si l’enfant finit par apprécier les endives… il apprécie la saveur amère. En général.

Ensuite, ça se complique un peu… A la fin de la 2ème année, des comportements tels que des refus alimentaires et des comportements difficiles apparaissent. [3]

A 2 ans, il ne veut rien manger de nouveau…

Mettre en éveil leurs papilles : enjeux et réalité

Sujet de recherches depuis de nombreuses années, sujet d’inquiétude pour les parents qui découvrent ce comportement chez leurs « bouts de choux », la néophobie alimentaire se traduit par le refus de ce qui est nouveau dans l’assiette. De 2 à 10 ans, près des 3/4 des enfants vont observer, trier voire recracher les aliments « nouveaux ». Une source de conflit, une expérience parfois difficile dans les crèches, pour les assistantes maternelle et les parents qui cherchent à varier et équilibrer les repas de leurs petits. Faut-il baisser les bras ?

« Surtout pas », affirme Natalie RIGAL, psychologue du goût. « L’atténuer est important car laisser commander les enfants, c’est privilégier au quotidien les aliments qu’ils préfèrent tels que les frites, glaces ou autres pizzas. Ces aliments ne sont certes pas à proscrire mais il s’agit d’offrir de la variété. L’éducation sensorielle au goût est donc essentielle. Manger est un plaisir qui se cultive et qui construit notre identité ».

La néophobie alimentaire, banale ?

Sortis du poulet/frites ou du jambon/purée, les enfants ont tendance à refuser ce qui ne figure pas sur le podium de leurs préférences alimentaires. En effet, vers l’âge de 2/3 ans, il devient plus sélectif et difficile sur le contenu de son assiette, jusqu’à devenir vers 4 ans un « petit dictateur » : les 3/4 des enfants de 2 à 10 ans refusent tout produit inconnu…. Il s’agit de la néophobie alimentaire. Si le phénomène reste banal et universel, il reste, pour les parents, une véritable source d’inquiétude qui souvent, ne savent plus comment faire. Résultat : il y a souvent deux repas à table, celui des parents et celui des enfants.

Un enjeu de santé

Dans un contexte d’augmentation marquante de l’obésité et du surpoids chez l’enfant, il se trouve que les produits préférés des enfants sont « nourrissants », gras et riches en sucres, présentant une flaveur peu développée et une texture molle (bonbons, pâtisseries, glaces, frites, pâtes, pizza, poulet). Autant de produits dont la consommation exclusive et excessive peut engendrer une prise de poids et ce d’autant plus que l’enfant ne mange que ses aliments préférés et ne pratique pas une activité physique régulière. Comme le rappelle Natalie RIGAL[4] « L’homme est par nature omnivore et a donc pour obligation de diversifier son alimentation ». L’éducation au goût est aussi une éducation alimentaire et ce d’autant que « Grandir c’est apprendre, apprendre à goûter aussi ». Et manger est un plaisir qui se cultive et qui nous construit en tant qu’être social.

Merci  à Marie Noëlle Wattier de LUDODAGO pour ces précieuses informations !


[1] Sophie Nicklaus, Chargée de recherche à l’INRA de Dijon, Centre des Sciences du Goût et de l’Alimentation, Colloque Education au Goût des Jeunes, 27 et 28 janvier 2011

[2] Etude OPALINE (Observatoire des Préférences Alimentaires du Nourrisson et de l’Enfant)

[4] Natalie RIGAL, la Naissance du Goût, comment donner aux enfants le plaisir de manger ?

Ed Noesis. Agnès Vienot, 2000.

Dimanche 6 mars 2011

Comprendre la richesse du Goût

Placeogout vous propose de comprendre la richesse de ce sens si merveilleux qu’est le goût : comment ça marche, sa dimension affective, sa mémoire, le plaisir !  Et aussi comment éduquer les petites papilles de vos enfants et petits enfants. Vous y trouverez des astuces, des ateliers rigolos à mener avec eux.  Parce le goût s’apprend et sur Placeogout se… défend !

Ce mois-ci, découvrons comment « ça marche » !

On dit souvent que nos aliments ont un « goût » salé ou sucré. Mais le terme n’est pas bon, et dans l’analyse sensorielle, vous allez le voir, les mots ont de l’importance !  Il est donc important de parler de « saveur salée », car les saveurs  (le salé, l’acide, le sucré et l’amer, auxquelles on ajoute, aujourd’hui, l’umami, saveur particulière utilisée dans la cuisine japonaise) ne sont qu’une petite composante de ce sens !

C’est sur la langue, que sont localisées les structures impliquées dans la détection des saveurs : de 500 à 5 000 papilles gustatives. Elles concentrent plusieurs milliers de bourgeons du goût, qui détectent les saveurs. Celles-ci se dissolvent d’abord dans la salive, pénètrent dans les pores des bourgeons du goût. De nombreux travaux, relativement récents montrent les « zones » de la langue ne sont pas si déterminées en ce qui concerne l’amer et le sucré notamment.

Mais tout ceci n’est qu’une part de notre sens si riche.

A la saveur s’ajoute la flaveur : l’ensemble des sensations en bouche, à savoir la saveur, l’odeur et la texture et surtout l’hédonisme qui appelle une notion essentielle : le plaisir : « j’aime ou je n’aime pas ». Voyons un peu plus ce qu’il se passe…

Sensuel, sensoriel : tous les sens sont en action !

On le sait aujourd’hui, le goût est un assemblage fort complexe de diverses sensibilités : l’olfaction  (par le nez) capte les arômes et les odeurs, la gustation détecte les saveurs et la somesthésie, terme un peu complexe, ressent le frais, le piquant, le pétillant ou la texture d’un aliment. Mais nos autres sens, eux aussi, jouent un rôle dans la construction du goût : la vision donne des informations sur l’apparence des aliments – la simple vue d’un gâteau au chocolat fait saliver. On dit « j’en ai l’eau à la bouche ».

L’ouïe, elle, va renseigner sur le croustillant d’un biscuit ou le craquant d’une pomme. Et même parfois le toucher permet d’anticiper sur la texture ou la dureté de certains aliments.
Mais soyons clairs, le goût est surtout une question de « nez », plus exactement (utilisons le bon « mot » : l’olfaction).

La perception olfactive emprunte soit la voie nasale pour les odeurs, soit la voie rétronasale dans la bouche pour les arômes qui se dégagent des aliments lors de la mastication. Ainsi notre nez est « à l’écoute » de l’odeur du chocolat, ou du pain sortant du four. Par exemple, si la fraise et la framboise sont toutes les deux sucrées, elles n’ont pas la même saveur et les mêmes arômes. En bouche, lorsque l’on mâche, l’arome remonte dans le nez et dégage le goût de la fraise ou de la framboise dégageant des flaveurs particulières à chacun des deux fruits. N’avez-vous jamais remarqué que lorsque le nez est bouché, le goût ne fonctionne plus ou presque ? Un rhume, et le petit plat concocté avec amour est sans saveur, sans odeur, sans goût… C’est  d’ailleurs une bonne astuce pour les petits (et pour vous) : pour prendre un médicament qui n’a pas bon goût,  on se bouche le nez !

Un sens inné

Si le « bon goût » est seulement et uniquement une caractéristique de l’homme et n’a rien à voir avec le sens gustatif, le goût dans sa dimension alimentaire est pour toutes les espèces animales une nécessité vitale. « Depuis les origines, rappelle Claude Fischler, la nourriture a sans doute été la préoccupation la plus envahissante de l’existence humaine : exister, c’était réussir à subsister. » Voilà certainement pourquoi la nature a attribué de si nombreux privilèges à cette sensibilité. Elle fonctionne parfaitement à la naissance chez l’homme et pour la plupart des animaux. La reconnaissance bébé-mère se fonde sur des informations olfactives, dès les premiers instants de la vie. Au final, l’ourson, l’agneau ou le nourrisson sont tous conçus pour repérer rapidement les zones nourricières de leur mère et savoir avec quels aliments ils peuvent se nourrir après le sevrage.

Le saviez-vous ?

La seule odeur rejetée par tous les bébés du monde n’est pas le « caca » mais l’odeur d’œuf pourri. Le bébé « sait »-il que cela représente un danger pour lui ?


Le mois prochain, un sens inné mais qui  évolue et s’apprend !
Eduquons les petites papilles !


®en partenariat avec www.ludodago.com


Dimanche 27 septembre 2009

Le bio est-il meilleur pour la santé ?

Peut-être avez-vous, comme moi, grandi dans une famille où chaque repas était amoureusement préparé à base de produits bio. Peut-être faites vous partie de ces gens pour lesquels une alimentation non labellisée AOC est une hérésie. Sans doute avez-vous alors été frappés, voire atterrés, par la parution de l’étude menée par le très sérieux American Journal of Clinical Nutrition, datée du 29 juillet dernier (en anglais ici). La nouvelle est tombée comme un couperet sur les consommateurs éclairés que nous sommes : le bio ne serait pas meilleur pour la santé.

Fort étonnée par cette nouvelle, j’ai décidé de mener ma petite enquête, afin déterminer les vrais enjeux de la controverse, et de connaître enfin la vérité sur le bio !

Nous aurait-on raconté des salades sur les bienfaits du bio ?

D’après l’étude de l’American Journal of Clinical Nutrition, un aliment bio ne contiendrait pas plus de nutriments qu’un autre. Les pesticides utilisés pour la culture des aliments non labellisés bio ne seraient dangereux qu’à de très hautes concentrations, qu’ils sont loin d’atteindre. Pire, le bio pourrait nuire à la santé du consommateur ! Il a été suggéré qu’une salade bio produirait plus de nitrites qu’une salade traitée aux pesticides, et serait ainsi plus nocive pour la santé. Les détracteurs de l’agriculture bio évoquent un phénomène de « psychose alimentaire ». Notre société hygiéniste créerait un climat anxiogène qui pousserait le consommateur à chercher sa sécurité auprès d’une nourriture dite « meilleure pour la santé », sans chercher à savoir si ce bénéfice est réel. Par ailleurs, on dénonce aussi un « effet de mode » : la vague « bobo », soulevée par l’engouement des stars hollywoodienne pour le bio, correspondrait plus à un désir d’être « branché » qu’à une réelle prise de conscience écologique.

Alors, le bionheur n’existe pas ?

Je n’en suis pas si sûre ! L’étude menée cet été est en effet très discutée, notamment car il s’agit d’une « méta-étude ». Cela signifie qu’elle ne prend pas en compte les éléments extérieurs tels que l’impact écologique des cultures bio ou non-bio, ou encore les méfaits des pesticides sur la santé des agriculteurs, par exemple. Manger bio n’est pas uniquement une question de nutriments et de santé. L’enjeu n’est pas seulement de manger biologique, mais surtout de manger écologique. L’agriculture bio prend en compte la santé de l’homme, mais surtout celle de la planète. Un élément que je considère comme primordial est aussi laissé de côté par cette étude : la question du goût ! Si une pomme bio ne contient pas plus de nutriments qu’une autre, elle reste cependant un aliment de meilleure qualité gustative, car produite dans des conditions plus respectueuses de son processus de développement naturel. Un aliment bio, issu de producteurs locaux, qui n’a pas été transporté sur un long trajet et n’a pas connu de traitement chimique susceptible d’en altérer le goût, sera sans aucun doute meilleur au goût qu’un aliment traité et conditionné de manière industrielle.

Une question d’équilibre… et de sagesse !

Se gaver de chocolat, même bio, fera toujours grossir ! De même, il est plus raisonnable d’acheter un produit non-bio, mais issu de producteur locaux, qu’un fruit ou un légume bio, mais importé d’outre-mer. L’intérêt de cette controverse réside avant tout dans la prise de conscience qu’elle peut susciter. Manger bio à tout prix, et sans réfléchir, non. Mais vivre son alimentation dans le respect de son corps et de la nature, oui ! Il ne faut pas que le bio devienne une obsession ; mais il est bon que nous nous interrogions sur l’impact que notre alimentation peut avoir sur notre vie, notre corps, notre environnement. Rester attentif à notre plaisir de manger, profiter des bienfaits d’une alimentation saine, et agir pour notre planète : tels sont les véritables enjeux d’une alimentation réussie !